Rentiers et rentières: une situation financière tendue - Les rentes doivent être relevées
Rentiers et rentières: une situation financière tendue - Les rentes doivent être relevées
En Suisse, on connaît le mythe du «vieux riche». L’idée selon laquelle, dès qu’une rente est touchée, la vie devient une croisière, s’est profondément implantée dans les têtes. Or cela ne correspond pas à la réalité. Il s’agit d’une construction destinée à justifier les coupes dans les rentes.
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Pour la génération dite «dorée», une chose est claire : les revenus des rentiers et rentières sont bien plus inégalement répartis que chez les personnes professionnellement actives. Les 10% des rentiers et rentières aux revenus les plus élevés touchent au moins 7,5 fois plus que les 10% aux revenus les plus faibles. Par contre, pour les actifs, les 10% des salaires les plus élevés touchent 2,7 fois plus que les bas salaires. Les inégalités sociales s’aggravent donc avec l’âge.
Un coup d’œil sur la statistique de l’impôt fédéral direct montre que 50 % des personnes à la retraite ont un revenu inférieur à 3500 francs. Pour un ménage d’une seule personne, cela peut encore suffire, mais un couple ne peut guère en vivre, si bien que des prestations supplémentaires comme les prestations complémentaires (PC) sont nécessaires. A eux seuls, ces chiffres montrent qu’il y a toujours des rentiers et rentières dont le revenu est insuffisant.
Notre système de rentes est ainsi conçu que les rapports entre les revenus touchés durant la phase de la vie professionnelle se reproduisent pendant la vieillesse, voire s’accentue. Quiconque touche un bon salaire peut se constituer une prévoyance vieillesse décente. Mais celle ou celui qui a dû s’en sortir avec un revenu modeste de son travail disposera aussi de moins de moyens une fois âgé. Seule une minorité des rentiers et rentières est couverte par les trois piliers de la prévoyance vieillesse. 34 % des hommes et 18 % des femmes bénéficient des prestations des trois piliers. Plus de 12 % des rentiers et rentières ne touchent qu’une rente du 1er pilier, l’AVS, et ce chiffre est même de 38 % pour les rentières.
Des baisses des rentes AVS sont dans les tuyaux
L’AVS reste le principal support de notre prévoyance vieillesse. Les personnes à petits revenus dépendent d’une AVS dont les prestations sont solides. Le mandat constitutionnel, selon lequel les rentes de l’AVS doivent couvrir les besoins vitaux, n’en reste pas moins inaccompli. Et il est même mis sous pression. En effet, le Conseil national s’est à nouveau prononcé lors de la dernière session en faveur de baisses des rentes. La majorité bourgeoise entend supprimer l’adaptation automatique des rentes AVS à l’évolution des prix et des salaires. Le portemonnaie des rentiers et les rentières s’en trouverait allégé. Pour un couple, les rentes AVS diminuerait de 750 francs par an. Des intentions semblables concernent l’AI. Avec la révision 6b de cette dernière, les rentes ne pourraient plus augmenter.
Le mandat constitutionnel concernant la prévoyance vieillesse n’est pas respecté
Un tiers environ du revenu d’un ménage de rentiers provient de la prévoyance professionnelle. Si l’on considère la répartition en fonction de la classe de revenu, on constate que les rentes du 2e pilier jouent un rôle important surtout pour les hauts revenus. Pour les bas revenus, la part de revenu représentée par le 2e pilier se monte à 15 %, ce qui est peu en comparaison avec le 1er pilier. La rente médiane de la prévoyance professionnelle se monte à 2700 francs pour les hommes et à 1500 francs pour les femmes. Celles-ci restent les perdantes de la prévoyance professionnelle.
Ensemble, les rentes des 1er et 2e piliers doivent garantir le maintien du niveau de vie antérieur. Dans le cas d’une durée de cotisation ininterrompue au 2e pilier depuis l’âge de 25 ans, ce n’est aujourd’hui pas le cas, car le taux de remplacement (TR) de 60 % du dernier revenu brut qui est visé n’est pas atteint avec le seul revenu provenant des rentes.
Aujourd’hui déjà, les personnes qui sont à la retraite ne peuvent guère maintenir leur niveau de vie antérieur. Il n’y a pas lieu de dire qu’ils vivent dans l’opulence. Pour les bas et les moyens revenus, le TR visé (60 %) est d’ores et déjà bas. Ce qui est d’autant plus vrai pour les couples.
Il apparaît clairement que la diminution des rentes qu’entraînerait une baisse du taux de conversion entraînerait les membres de cette catégorie de revenu dans la détresse économique. La baisse de ce taux de 6,8 à 6,4 % représenterait, pour un couple dont le revenu annuel était de 135 000 francs avant la retraite, une baisse annuelle de ses rentes de 1700 francs.



