Maltraitance : que peuvent faire les salarié-e-s ? Agir collectivement !

27.03.12

Maltraitance : que peuvent faire les salarié-e-s ? Agir collectivement !

AUTEUR : MARIA PEDROSA, SECRÉTAIRE SSP – RÉGION LAUSANNE ET ENVIRONS

Les participant-e-s à la soirée organisée le 12 mars dernier dans le canton de Vaud ont discuté des mécanismes qui peuvent mener à la maltraitance ou aux soins dangereux dans les secteurs de la santé et du social, mais aussi des moyens pour dénoncer de tels dysfonctionnements et des protections dont devraient bénéficier les salarié-e-s qui osent dénoncer.

Dans les EMS, les hôpitaux, les soins à domicile, mais aussi les institutions sociales, les salarié-e-s ont très souvent le sentiment que quelque chose de fondamental ne fonctionne pas: la qualité des soins ou de la prise en charge des patient-e-s n’est pas toujours suffisante. Cela ne concerne évidemment pas seulement les actes techniques, mais aussi beaucoup la relation aux malades, aux pensionnaires, aux personnes âgées. La qualité des soins est donc étroitement liée au temps que l’on passe avec les malades.
Mais dans la santé comme dans le social, on manque de temps. Le personnel court toute la journée, dans une sorte de course contre la montre qui ne s’arrête jamais. Pour les salarié-e-s, cette pression constante peut avoir des conséquences relativement graves sur leur santé. De plus, le personnel dit avoir de plus en plus peur de commettre une erreur. Cette peur de l’erreur est très fréquemment présente chez les travailleurs/-euses qui s’occupent des autres. Elle s'accompagne de la peur d’être complice de soins dangereux ou de mauvaise qualité, de la peur de ne pas dénoncer des actes ou des paroles malveillantes mais aussi de la peur de dénoncer des comportements inadéquats.

Questionner le rôle de l’Etat et des organismes de contrôle
Le SSP – Section santé, social, parapublic a donc choisi d’aborder ces questions par le biais de la thématique de la maltraitance. Comme il existe dans le canton de Vaud un organisme chargé de contrôler les EMS sur les plans de la dignité et de la sécurité des résidents (dit son site internet), la section a décidé d’inviter Mme Janine Resplendino, responsable de la Coordination interservices des visites en EMS (CIVEMS) qui dépend conjointement du Service des assurances sociales et de l'hébergement et du Service de la santé publique, afin de répondre aux questions des salarié-e-s.
La représentante de la CIVEMS a pu expliquer à la vingtaine de participant-e-s le fonctionnement et le rôle de la CIVEMS, ainsi que sa composition. Ainsi, cinq inspectrices font le tour des EMS afin d’y contrôler la qualité des soins et la prise en charge des résidents. Madame Resplendino a également répondu aux questions des salarié-e-s présent-e-s, notamment sur le fait que les contrôles ne sont pas annoncés à l’avance aux établissement, sur la possibilité pour le personnel de déposer plainte auprès de la CIVEMS et sur la garantie de la confidentialité par rapport à la personne qui a déposé plainte.
Cependant, deux problèmes subsistent. Le premier est que les inspections reflètent uniquement la situation à un moment donné et ne peuvent pas rendre compte de dysfonctionnements plus difficilement détectables. Le deuxième problème est que les plaintes liées aux conditions de travail ne sont pas prises en compte dans le rapport des inspectrices de la CIVEMS, même si ces dernières les considèrent comme un signal fort d’un dysfonctionnement possible.

Lutter contre l’isolement et agir ensemble
Or pour le syndicat, la maltraitance est souvent le résultat de dotations insuffisantes et de mauvaises conditions de travail. Reste que la dénonciation de situations de maltraitance n’est pas facile et que les salarié-e-s sont très souvent démuni-e-s face à ces situations. C’est pourquoi il faut, d’une part, une meilleure protection des salarié-e-s qui dénoncent des actes de maltraitance ou de soins dangereux et, d’autre part, une amélioration des conditions de travail par une augmentation des effectifs des équipes, afin d’éviter des dysfonctionnements pouvant mener à des actes de maltraitance.
Concernant la protection des personnes qui dénoncent des actes de maltraitance, le SSP – Section santé, social, parapublic est actuellement en négociation afin d'introduire, dans la convention collective de travail du secteur sanitaire parapublic vaudois, des mécanismes de protection des salarié-e-s contre de possibles représailles suite à une dénonciation. Le syndicat continue aussi de demander davantage de moyens dans ce secteur afin de rendre les conditions de travail adéquates à la prise en charge des résidents. Pour finir, dénoncer n’est jamais quelque chose de facile pour les salarié-e-s d’autant plus qu'ils/elles se retrouvent souvent seul-e-s dans ces situations. C’est pourquoi le rôle du syndicat doit être de ne pas laisser les collègues isolé-e-s sur les lieux de travail et de permettre que les salarié-e-s agissent collectivement dans ces situations.